The Encore Fiend

Un écrivain anglais s’en est un jour pris à ce genre d’auditeur qui exige des rappels partout, tout le temps—et a noté que l’espèce ne se limite pas à la Grande-Bretagne.

Il y a, disait-il, au moins deux façons de montrer son admiration : une agréable et une désagréable. Hélas, la désagréable a bien plus d’adeptes. Dans leur empressement à manifester du respect, trois personnes sur quatre deviennent envahissantes, voire offensantes.

Ainsi le public réclame des rappels comme si c’était une nécessité. Il pousse un chanteur de concert à donner trois ou quatre morceaux quand le contrat n’en prévoit que deux, sans se soucier de ce que ressent le chanteur—ni de l’état de la voix.

À l’opéra, la prima donna est applaudie bruyamment dans les scènes les plus émouvantes. Elle doit sans cesse sortir du drame pour reconnaître fleurs et ovations, offrant le spectacle absurde d’une héroïne « folle » qui revient à elle pour des bouquets, puis replonge dans la folie un instant plus tard.

Les instrumentistes souffrent aussi. Après un finale brillant jeté à toute vitesse et au prix d’un vrai coût nerveux, le public a encore le culot d’exiger une reprise immédiate.

Peu d’artistes ont le cran d’y mettre fin. Hans von Bülow l’a fait. Un jour, alors que les appels au rappel devenaient implacables, il s’avança et dit sèchement : « Si vous n’arrêtez pas ces applaudissements, je jouerai les quarante-huit Préludes et Fugues de Bach du début à la fin. » La salle savait qu’il en était capable—elle a ri, et a laissé tomber le rappel.